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Lundi 27, Mardi 28, Mercredi 29, et Jeudi 30 OCTOBRE 2008 à Dakar

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Colloque internationnal Totem et Publicité, sous la présidence de Maître Abdoulaye Wade

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La culture s’élabore à travers les productions d’objets, objets de reconnaissance dans lesquels chacun se mire et voit l’autre. Regard croisé qui alimente un jeu de rôle entre Europe et Afrique au travers des fétiches, totems pour l’un, image publicitaire pour l’autre. De là, une confusion de représentations où, au nom de la modernité, l’éphémère, l’auto-engendrement, l’original s’opposeraient à la tradition, l’originel ancestral, le culte des anciens.

Les enfants du siècle, happés par le "ici - maintenant" du consuméring, voient leur accès à la condition humaine passer par les paradigmes de l’image publicitaire. La chose médiatique leur pré-fabrique les modèles existentiels contemporains. Certains, croyant échapper à la contingence généalogique, en tirent la jouissance d’une maîtrise hors transcendance. Pris dans la fascination du miroir télévisuel comme espace de lien social, cette éjection de la filiation les conduit à de réelles souffrances. Faute d’une mort inscrivant le sens de la vie, ces souffrances s’alimentent d’une violence persécutrice par manque d’objets à partager entre jeunes et vieux.

Cette rupture est-elle le symptôme d’une crise de civilisation ouvrant sur de nouvelles formes d’affiliation ? Par quels chemins s’effectuent ces transformations ? Au Nord ? Comme au Sud, à travers le monde, se fabriquent ces nouveau objets transculturels.

L’homme est le seul animal à produire un savoir sur sa propre nature. Si tant est qu’il parle, avec l’invention de sa parole, il ne peut pas faire autrement que de s’auto-produire, que de s’auto-penser.
Chacun de nous en reçoit de l’Autre les savoirs sur son être singulier et collectif. Chacun de nous s’en fait ou non sujet, dans ou hors sa culture.

Les modalités culturelles à travers lesquelles l’homme se produit comme tel, sont radicalement différentes entre l’Afrique et l’Occident.
En Afrique, le savoir s’apprend parmi les frères au nom des ancêtres morts qui détiennent l’être de l’individu. Les groupes sont organisés dans les langues pour ne pas laisser de prise aux combats de rivalité des frères, dont la mise est cruciale pour la transmission de ce qu’est être un homme ou pas. Les totems font figure d’immuables.
En Occident, le savoir s’apprend du Père ; pour qu’y naisse le sujet d’une parole dont il est sensé être responsable.
Les figures de l’Idéal, qui n’existent pas en Afrique, (au niveau de ce que l’homme devrait toujours améliorer de la situation de ses sens), ces idéaux sont des objets au potentiel d’autant plus ravageur, que figurant l’homme, ils ont force de loi dans la langue.

Dans une société où l’homme se construit malgré lui aux travers des images mouvantes dont il se vante, nous sommes, à la lumière de cette lecture, amenés à penser que le malaise du sujet dans notre civilisation n’est pas là où on le croit.
Certes les anciennes coutumes sont en décrépitude. Mais c’est moins la perte de ces repères et traditions qui déshumanise nos enfants dans les villes, que le processus massif de désaffiliation mis à l’œuvre du fait de l’absence de lecture des légitimités contemporaines qui se sont inventées. Les jeunes acceptent quelques autorités quant aux savoirs sur l’homme, mais ce ne sont pas celles d’antan. Ce sont celles des lieux qui les touchent en masse, ces lieux « nouveaux » de la civilisation et de la langue que sont les médias d’images mouvantes : cinéma, presse et télévision. Parmi eux, la publicité fait figure d’icône sans transcendance, où l’être de l’homme est érigé dans la possession des objets comme marque de valeur exclusivement comptable. L’idée de bien ou de mal y est réduite aux affres des joies et souffrances individuelles. Par excellence, la publicité comme un processus iconique itératif, est un des lieux envahissants et anonymes d’où les enfants tirent leurs réponses sur l’humaine condition rivée aux jouissances du corps par le moyen des objets et de l’argent. Rien de plus égarant ou affolant, d’autant que ces images mouvantes ont un poids kinesthésique important.

« Je prie les choses les choses m’ont pris
elles me posent, elles me donnent un prix
je prie les choses, elles comblent ma vie
c’est plus « je pense » mais « j’ai » donc je suis 
j’envie ce que les autres ont
je crève de ce que je n’ai pas
le bonheur est possession
les supermarchés mes temples à moi » [1]

Dans un monde ainsi régi par l’économique, le scientifique et le comptable, ainsi véhiculé par les images mouvantes, ainsi apparemment détaché de tout rapport à une transcendance Autre, quels sont les risques de folie pour le sujet, au sens de désarrimage du lien social, et quels sont les chemins inventés pour les nouvelles formes d’affiliations contemporaines ?[2]

[1] Goldman Jean-Jacques, « Les choses », 2001, album Chansons pour les pieds.

[2] Texte de Martine Fourre, Psychanalyste, Responsable lieu d’accueil


 

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Dernière mise à jour le : 07 juillet 2008.